C’est la Méditerranée qui intéresse Jérémy Chabaud, c’est la transparence, dans la superposition des espaces, aérien, liquide et sous-marin. Sous son regard abaissé sur la surface en mouvement, les rayons solaires jouent, éclairent et traversent les densités sans cesse variables des eaux. C’est cette mer chaleureuse qui recouvre les fonds et ne les découvre jamais, cette eau qui dans son mouvement libre, inattendu et toujours surprenant, suggère et modèle les formes en dessous d’elle.
L’horizon, dans son éloignement, n’existe pratiquement pas, cette ligne simplifiée qui sépare le ciel de la mer dans la construction du paysage océanique, immensité ordonnée et compacte. Ce ne sont pas les grands rouleaux qui se forment et se succèdent réguliers, alourdis de sable et d’algues, glauques, opaques et impénétrables contemplés de la plage dans un lent déplacement panoramique du regard.
Le peintre est perché tout d’abord sur un rocher, il regarde la mer d’un point de vue légèrement surélevé, et, sous l’éclairage solaire, l’eau se brise ici, elle ruisselle là, plus loin elle clapote gaiement, grossie soudain, elle vient éclabousser le papier japonais tendu devant le motif, fragile et résistant à la fois qui volette au vent marin, s’humidifie alors, gaufre et gondole au gré des auréoles d’eau salée et de peinture mêlées. Le peintre ne redresse pas la tête, il se penche encore et le motif l’emporte sur le chevalet calé entre deux roches, il entraîne le peintre dans ses tourbillons d’écume projetée, comme les feuillages absorbent Fragonard, comme les nymphéas envahissent Monet.
L’artiste est entré dans le motif et le regarde alors dans son épaisseur, son foisonnement. Le ciel a disparu, Jérémy a plongé dans « Le Grand Bleu », un univers abstrait et vivant, et tous les moyens sont bons qui accompagnent la jouissance du jeune homme amoureux de la nature, les palmes, le masque, et tous les moyens sont bons pour exprimer la jouissance fiévreuse et en même temps maîtrisée de l’artiste immergé dans la couleur, ses éclats, ses emportements et ses manifestations éphémères, les pinceaux, les crayons, les encres ou bien encore le pastel sec et le pastel gras.
Quand je regarde le travail de Jérémy, je pense toujours à une petite aquarelle de Delacroix : « Coucher de soleil sur la mer » et à la « Vague se brisant sur une falaise », cette aquarelle rehaussée de gouache sur traits à la mine de plomb, du Louvre, dont il m’avait envoyé la reproduction en 1998, lorsque nous nous sommes connus.

Danièle Bloch,
25 avril 2001
Historienne de l’Art.


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Je ne peux qu’être émerveillé devant ce qui soulève une vague, met en mouvement un nuage ou au contraire accroche et stabilise un rocher. J’aime communiquer le plaisir que j’éprouve à sentir de tous mes sens l’eau, l’air, la roche et la chaleur du soleil.
Ce rapport émotionnel avec les éléments est au cœur de ma peinture. Courir, voler, nager, ramer, grimper, respirer : grande question pour moi , que la peinture puisse dire tout cela.
De ce dialogue avec la nature sont nés spontanément des signes chargés d’énergie, qui marquent les points d’appui sur lesquels tout un univers poétique peut se construire. Ces signes sont comme la partition musicale d’émotions ressenties, d’un paysage vécu maintenant aussi de l’intérieur. Ils sont les témoins des dessus et dessous du monde qui nous entoure. Ensemble, ils forment des espaces ayant leur propre vie car animés par des forces diverses et contradictoires.
Quelle fringale de peindre encore et encore pour atteindre avec surprise, et non sans inquiétude, le moment où l’énergie qui est la mienne se mêle à celles de l’eau, de l’air, du minéral et de la lumière, pour n’en faire plus qu’une en peinture.

Jeremy Chabaud,
Mai 1999.

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Pour l’exposition « La force de l’esprit ».

Comment en peinture donner corps à une sensation, une idée ?
Cette recherche sera lutte, jouissance, douleur ou apaisement, jusqu’à ce que s’instaure un dialogue, entre un corps de perceptions et d’actions, un esprit de rapports et de signes et une matière au-dehors qui imprime. Cette quête d’absolu, d’impossible fusion, nous condamne au manque, au désir et nous fait revenir en secours au symbole et à l’esprit. Là, dans cet à-côté qui par bonheur échappe, une œuvre atteint parfois la tension de ce questionnement. D’un regard, le spectateur ravivera cette aventure. Et d’un homme à l’autre, une petite étincelle de cette force de l’esprit, qui nous anime tous, continuera peut-être de circuler.

Jérémy Chabaud
Septembre 2002

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Entrer dans une toile de Jérémy Chabaud, c’est se laisser emporter dans le courant. Comme les forces de la nature, sa peinture est en perpétuelle métamorphose. Elle navigue entre les dessus et dessous du monde. Que cela soit un paysage ou un corps, on est étonné par la diversité des textures, des épaisseurs, des effets de lumière et de couleurs. Chaque œuvre se lit sur différents plans et espaces. Quand vous croyez déceler un horizon ou une présence humaine, aussitôt l’image vous échappe. Le paysage entraperçu se mue alors en une pluie fine pour courir jusque l’abîme. Mais déjà, les forces telluriques et tectoniques crachent des montagnes. Des tumultes d’eau, de terre et de feu recréent un nouvel univers où les souvenirs resurgissent. L’image revient et se perd. Cette respiration est incessante dans les œuvres de Jérémy Chabaud. Ses tableaux sont vivants. La silhouette devinée, elle, devient palimpseste où s’inscrit une autre histoire. La sienne ou la vôtre ? Son univers est riche de symboles et d’émotions. Réalité ou abstraction ? Ni l’une ni l’autre. Il est toujours à la frange, sur un fil, musical. Pourtant, il n’oublie jamais son sujet en laissant l’imagination galoper. Sa peinture ouvre des mondes, elle communie, dynamise et joue des contrastes de la vie. On devine à la fois le plaisir charnel des gestes dans la matière et un certain recul, une mise à distance, reflet des nombreuses strates sur la toile qui apportent des transparences et des profondeurs, voyage au cœur de la peinture. Un corps à corps sans cesse renouvelé avec les éléments naturels et un engagement social généreux nourrissent et rendent sensibles ses toiles. Depuis un séjour au Mexique, à l’âge de 18 ans, où s’est confirmé en lui le désir de peindre, sa curiosité continue de le porter vers de nouveaux territoires réels ou imaginaires. Jérémy Chabaud est né en 1971 à Lille. Il travaille à Paris et Marseille. De nombreuses expositions en France et à l’étranger lui ont été consacrées. Depuis deux ans, il est représenté par la galerie Lucie Weill et Seligmann / Charles Zalber, à Paris.

M. Tores Garcia, Historienne de l’Art, 2007.

 

LA FUERZA DE LA OLA

El dia que decidio alejarse de sus primeros recuerdos, Jeremy Chabaud se instalo frente al mar, desde los alcantilados de Marsella pasaba horas contemplando el choque de las olas contra las rocas. Vivencia que le permitio una relacion emocional con el agua, el aire, el viento y el calor del sol.
Poco a poco se produce una identificacion entre el artista y ese universo que tanto le atrae, el horizonte infinito le brinda la nocion de inmensidad, la libertad y el impetu de la ola se reflejan en su espiritu rebelde. Cuando la contemplacion de la superficie se le hace insuficiente, Chabaud intenta desentranar la energia que anima esa fuerza marina que lo seduce. Al principio, maravillado, escucha, reproduce e interpreta lo que ve, el viento y la ola forman un todo.
De la superficie pasa a estudiar el fondo marino, vivo, cambiante, con toda esa variedad de azules y verdes que el organiza en notas para poder pintar su melodia. El propio artista confiesa en ese entonces, que frases musicales le permiten resolver los problemas de las construcciones estéticas. En esos primeros paisajes de la superficie y de las profundidades el agua satura toda la superficie de la obra, luego el cielo y las rocas recuperan sus espacios vitales, llegando a crear vacios apenas delimitados por los contornos y los colores disociados, permitiendo incorporar al cuadro la riqueza del papel. Tiempo despues su pincelada deja de ser solo controlada, reflexiva y poetica para irse conviertiendo en sinuosa, energica y violenta. De manera perpicaz Danièle Bloch escribio en el ano 2001, que el artista se habia sumergido en “Le Grand Bleu”, para significar que el pintor se habia integrado al motivo de su obra, en realidad Chabaud intentaba dominar la naturaleza, de alguna manera deseaba someterla, parecia que si llegaba a desentranar el misterio, podria encontrar respuestas a sus corrientes interiores, o como diria el poeta venezolano Jose Antonio Ramos Sucre “levantar una punta del velo”.
La comparacion con las fuerzas exteriores a el, le era necesaria para analizarse desde otro punto de vista y para la comprension de sus propias emociones. Pero “tanto va el cantaro a la fuente que al fin se rompe”, en Jeremy se ha producido una simbiosis con lo observado, el dialogo se ha esfumado y la naturaleza ha tomado la revancha, el observador ha desaparecido dejando en su lugar al poseido por los elementos. Correr, nadar, escalar, tienen el mismo sentido que respirar, el riezgo tomado tiene su precio y el artista no sale indeme de su paso por el borde sinuoso de las rocas y los abismos, el constante cambio de la corriente sea de agua o de aire lo sume en una situacion de angustia vivencial.
Su pintura entra en un periodo profundo de busqueda, temas, texturas, tecnicas; otras influencias culturales; otros procesos, la depuracion, la geometria, todo es sometido al mismo metodo de experimentacion tratando de confrontarse con lo mas intimo de cada proposicion, como si intentara alcanzar lo esencial, una manera para el de conseguir respuestas existenciales. Por otra parte su obra creativa necesita confrontarse en diversas direcciones de acuerdo a su nueva dimension, enfrentando lo natural contra lo citadino, el orden contra lo espontaneo, la linea contra el gesto. Quizas por ello, le fue necesario salir del mediterraneo, penetrar el mundo, observar las flores, para poder comprender la humanidad. Fueron momentos de soledad y de espera detras de una fachada hiperactiva, en los cuales el agua se deslizaba sobre la superficie de su rostro, como presagio de tormentas futuras. La corriente que el intentaba controlar ha vuelto a su verdadero cauce, Chabaud, con mas madurez en esta oportunidad hace el camino inverso, se aproxima de una manera diferente, necesita regresar frente al oceano y cubrir de olas su intimidad, esa que yace en su fondo de mar. Como si hubiese dado la vuelta a la tierra y mientras mas se alejaba de su mundo, mas se aproximaba a el por detras, para observarlo desde una perspectiva que le era desconocida.
Ese nuevo encuentro fue necesario para realizar su psicoanalisis, para confrontar sus tristezas con los grandes espacios secretos, para conprender su transito hacia el horizonte, su relacion con los otros y su aproximacion al amor, como si fuese volutas de aire, humo u ola. A fin de reconocer esos paisajes interiores que le recuerdan lo que existe fuera de el. Esperando, a pesar de la violencia, que detras de la oscuridad venga la luz, un nacimiento que de respuesta a sus inquietudes, un volver a empezar.
La violencia le ha sido necesaria para seguir viviendo, para enfrentar “el esfuerzo humano” que temia y necesitaba a la vez, que al principio representaba descarnada, que podia ser demonio o divinidad. Esa humanidad que expreso con grandes cuadros, en los cuales, fue cubriendo poco a poco los musculos con la piel, esos cuadros son batallas que representan el esfuerzo de sacar al ser humano de los deseos contradictorios, una manera de aceptar la legitimidad de otras realidades distintas a la suya.
La reconciliacion paso por el dolor hasta lograr un equilibrio con el medio ambiente y por el tiempo, que le permitio controlar la violencia de los elementos que lo habitan y encontrar su proteccion. Tuvo necesidad de pintar una armada de pequenas humanidades para dulzificar los demonios y encontrar la armonia de las vidas paralelas, una manera de incorporar a su existencia la realidad del otro, ese alter ego que jamas encontro cuando se situaba por la fuerza.
En su camino habia experimentado otras opciones, que actualmente revive en su memoria, lo que le permite re-escribir la historia a traves de la seduccion y no de la confrontacion, ello le brinda la posibilidad de aproximarse a los otros de igual a igual y de aceptar ser visto por ellos directamente a los ojos. Hoy en dia Chabaud se concibe como un nuevo espectador de la fuerzas naturales, se percibe que obtiene un cierto placer observandolas y constatando que son mas fuertes que la vida humana. Su estetica se orienta por nuevas experiencias, la tela le permite nuevas tecnicas, que a su vez le brindan una relacion distinta con el papel, una resistencia mayor con la cual inscribir movimientos que exigen un mayor esfuerzo fisico.
El artista intenta demostrarnos que su relacion con el ser humano ha pasado del “Yo-Dios-Bestial” en el que se situaba, al mas humilde “Yo-El Otro”. Toda esa busqueda le ha brindado profundidad a su obra, que por momentos alcanza nivelles magistrales de ejecucion. El trabajo que admiramos ahora, es la consecuencia de esa nueva humanidad que le dio el peregrinar por territorios vacios y que el le habia asignado a cada quien, desde esos espacios se aproxima con decision a los grandes paisajes tumultuosos, teluricos, determinados por esa nocion que mejor lo ha definido: “el movimiento”, que encierra en si la vida misma pero tambien la violencia.
Eso hace que conservemos nuestra inquietud sobre la armonia interior del artista, pensamos que la traversia no ha llegado a su destino, es posible que regrese de nuevo al purgatorio, no ha obtenido la mitad de su manzana, su vida y su obra aun conservan sus dudas y se identifican con las fuerzas desencadenadas.
Esa nueva obra en la cual ya no podemos diferenciar si es la mano del hombre la que pinta o es la fuerza de la ola que se impone.

Nelson CASTELLANO-HERNANDEZ, Commissaire d’exposition
Paris 14 Juin 2006

Jérémy Chabaud

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